Kuyanakuy
Nom:
Association d'artisanes Kuyanakuy
Lieu: Quartier Pamplona Alta, District San Juan de Miraflores, Lima
Produits: Arpilleras (cadres, porte-lettre, botte pour mettre au pied
du sapin de Noël et autres articles en arpillera)
Kuyanakuy
est un mot quechua qui signifie "Aimons-nous". C'est un groupe
de femmes provenant de zones dévastées par la violence
dans les années 80, principalement des zones rurales d'Ayacucho.
Voici le témoignage de Juliana Quijano.
"À
la fin des années 80, après toutes ces années de
violence, des femmes venant d'Ayacucho, Huancavelica, Yauyos, Cora Cora,
Vischongo, Acocro, Cangallo sont arrivées. Pendant un temps,
j'hébergeais 12 familles, et d'autres logeaient chez des amis
ou de la famille. A la paroisse Niño Jesús s'était
organisé un lieu d'accueil, Avelina et Ángela Hernández
offraient leur aide, donnaient des médicaments, et peu à
peu ces femmes sont devenus de plus en plus nombreuses passant de 15
à 20 puis à 35.
Un espace leur était réservé pour se distraire,
il s'agissait de leur faire oublier ces actes de violence gravés
dans leur mémoire. Elles jouaient aux billes, à cache-cache,
à la corde à sauter, aux devinettes, mais cela était
difficile puisque la majorité ne parlait pas le castillan.
Ma tante faisait des arpilleras, c'est ainsi que nous avons commencé
à leur apprendre comment faire des arpilleras, mais ils n'étaient
pas de bonne qualité et personne ne nous les achetait. Lorsque
Ángela est parti en vacance, nous avons commencé à
faire des arpilleras de 25x25cm que nous avons emmenés au marché
de la Marina, où je connaissais une femme qui achetait nos produits.
Ce qu'il nous restait une fois enlevé le coût des matières
premières nous le partagions entre femmes et c'est ainsi que
nous nous sommes émancipées. Ce n'est que par la suite
que le CEAS nous a offert un petit capital. Ainsi, au lieu de jouer
nous faisions des arpilleras que nous vendions au marché de la
Marina, puis nous avons pris contact avec Minka.
Entre 91 et 92 nous somme sortis de la paroisse pour nous installer
dans nos zones: Sagrado Corazón (dans le quartier 5 de Mayo),
Niño Jesús (à los Ángeles), San Luis (à
Huanta), le 93 rue Nazareno (Virgen de las Mercedes) et le 95 de l'avenue
Las Américas.
Dans le " Sagrado Corazón " ou sacré cur
s'est formé un une cantine populaire appelée "Mamacha
Carmen". Des uvres caritatives et le projet PRONAA nous ont
soutenu en nous apportant des aliments, comme ils avaient fait pour
une autre cantine à " Las Américas " appelé
"Acuchimay".
En 1993 se constitue l' ONG SUYASUN grâce à l'initiative
de " CEAS Episcopal ". Cette ONG a été crée
pour aider toutes ces les femmes, qui fuyaient la violence, Elle proposait
des thérapies pour les aider psychologiquement. SUYASUN aussi
nous a aidé pour la vente des arpilleras mais nous ne savions
rien sur les coûts ni sur les prix de vente.
La plupart des femmes étaient analphabètes, le problème
c'est qu'elles devaient signer un document pour pouvoir se faire payer.
Je leur ai donc appris, malgré une certaine réticence
de leur part, comment signer avec leurs initiales. Certaines ne voulaient
toujours pas, alors dans ce cas là, leurs produits ne sortaient
pas du groupe, ils ne se vendaient pas puisque la signature était
obligatoire pour se faire payer. C'est ainsi que ces femmes ont appris
à signer. Par la suite, nous avons organisé des cours
d'alphabétisation où plus de 30 femmes se sont inscrites,
malheureusement seulement deux ont terminé.
Nous avons commencé à célébrer les fêtes
traditionnelles de nos villages, la première était la
fête du village d'Angelina Parccahuanca en Acocro, où nous
avions acheté de l' " anisado " (boisson alcoolisé
à l'anis), préparé de la chicha (boisson rafraîchissante
à base de maïs rouge) et de la nourriture. Mais en se rappelant
leur village, les femmes ne pouvaient s'empêcher de pleurer. La
deuxième année nous l'avons fêté avec une
harpe et un violon et la troisième année avec un orchestre,
on avait aussi décoré la vierge. Des femmes venaient déjà
d'autres endroits et nous aidaient beaucoup.
En 1995, lors d'une rencontre avec RELACC, nous avons connus Graciela
et Moner de CIAP. Avec CIAP nous avons amélioré la qualité
et le design de nos produits, nous avons quantifié nos coûts
et fixer nos prix et avons commencé à former l'assemblée
directive. Avec Graciela nous avons choisi le nom du groupe parmi 40
propositions".
Le 24 mai 2002, l'association obtient sa personnalité juridique
propre.
L'association
Actuellement
le groupe se centralise pour la production. Chaque mois se tiennent
les assemblées générales et des réunions
si nécessaire. La direction se compose de 7 membres qui se réunissent
en cas d'urgence.
Production
et commercialisation
L'association
est composée de 45 femmes, toutes sont spécialisées
dans l'arpillera, dont 38 qui sont actuellement actives.
En ce qui concerne les dessins et motifs, plusieurs personnes se réunissent
pour mettre en commun leurs idées, de plus toutes les artisanes
n'ont pas les même habilités.
Lors qu'arrive une commande, elles se réunissent et organisent
la production, elles nomment la personne chargée de l'achat des
matières premières nécessaires. Celles-ci s'achètent
en gros et se répartissent selon la production de chacune. Lorsque
il n'y a pas de commande, les femmes fabriquent alors des petits bonhommes
et d'autres articles.
Dans l'atelier central, 7 personnes se chargent de faire la première
composition des arpilleras, puis celles-ci se répartissent entre
les membres.
Les femmes sont divisées en trois groupes de niveau selon leurs
habiletés et leur rapidité. Lorsque la commande est urgente,
ce sont les femmes les plus habiles et les plus rapides qui s'en chargent.
Mais lorsque les quantités de la commande dépassent leur
capacité de production, elles répartissent la commande
aux artisanes de la communauté qu'elles connaissent et qui peuvent
éventuellement travailler pour le groupe.
Les femmes travaillent chez elles avec l'aide de leur famille. Les époux
qui ne travaillent pas ou qui aident leur femme artisane pendant leur
temps libre sont des experts en couture. Les enfants quand ils n'ont
pas classe les aident aussi pour des petites choses comme la broderie
de l'herbe, de nuage, etc.
10 personnes se chargent de réviser et de contrôler la
qualité ainsi que d'apporter les dernières finalités
au produit.
Le paiement à l'artisane dépend du travail effectué
sur la pièce en arpillera. Ce paiement est immédiat contre
remise de la marchandise.
Intérêts
de l'association pour les membres
Pour
les artisanes, l'intérêt principal de l'association réside
dans le fait qu'elle puisse travailler. Leur travail constitue une importante
rentrée d'argent parfois la seule lorsque l'époux ne travaille
pas.
Entraide.- Lorsqu'une des membres est malade, les autres organisent
des activités pour récolter des fonds pour l'aider.
Corbeille de Noël.- corbeille de vivres offerte à toutes
les membres à Noël.
Réserve d'argent en cas d'urgence.- Cette réserve sert
à prêter aux membres une certaine somme d'argent en cas
de maladies, accidents ou tout autre urgence.
Beaucoup de femmes ont amélioré leur habitat, éduqué
leurs enfants, et bénéficie surtout de l'appui de toute
une communauté, grâce à laquelle elles ont été
valorisées et ont désormais une meilleure estime d'elle
même.
Activités et projets sociaux
De nombreuses activités sociales et de confraternité
sont organisées au bénéfice de tous les membres,
mais aussi les membres elles-mêmes organisent des activités
pour leurs compatriotes en cas d'urgence.
Elles aident la communauté en préparant par exemple des
repas pour la cantine de la paroisse.
Le groupe ne fait pas beaucoup de publicité dans le district
puisque, vu que le quartier est très pauvre, elles ont peur d'attirer
trop de personnes cherchant de l'aide et un emploi.